Les moyens du contrôle de l’information

L’armée a utilisé, à partir de la Première Guerre Mondiale, cinq moyens différents pour contrôler l’information, en voici trois « traditionnels » :

– la propagande
– la censure de la presse et de l’information par les autorités militaires: par des lois comme celle du 5 août 1914, votée pour la durée de la guerre. Elle interdit de publier toutes informations et renseignements autres que ceux communiqués par le gouvernement sur les points essentiels de la défense nationale. Elle réprime le non-respect de la loi.
– le concept de désinformation

Comparaison entre les journaux officiels et les journaux des tranchées

Exemple : article de journal, ainsi qu’un extrait d’un journal des tranchées.

Article de propagande: « Terrible massacre d’allemands » paru dans « La Petite Gironde » le 26 Février 1916.

La Petite Gironde Journal républicain régional - Edition du Samedi 26 février 1916.2

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Nous avions donc vu que dans l’édition du Samedi 26 février 1916, du Journal républicain régional « La Petite Gironde », on pouvait lire un article mettant en avant l’armée française (les tirs français anéantissaient les Allemands et les faisaient tomber en grand nombre). L’armée française est ici caractérisée par un vocabulaire valorisant, qui la montre invincible. La description du champ de bataille, ressemble à un beau paysage, calme et enneigé.

« L’écho des marmites », Journal de tranchée

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En revanche, dans ce journal de tranchée, datant du 20 novembre 1915, (écrit un an après l’article précédent) les conditions de vie, sont bien loin de celles que laissait entendre le premier article. Dans celui-ci, l’environnement qui est décrit ne laisse pas place au calme ou à la tranquillité, ni même à la beauté du paysage. Au contraire, ici, le décor semble triste, mais surtout très dangereux comme nous le montre l’expression  » Beaucoup ont même le courage de griffonner une carte-lettre dans un trou d’obus où le moindre éclat peut leur être fatal ». Dans cette description la pitié remplace les jolies expressions, qui décrivaient un endroit qui semblait presque pittoresque.

On voit donc qu’une même scène peut être relatée de deux manières, presque opposées, selon l’auteur et selon son statut (en France, à cette époque, les journalistes, étaient principalement des écrivains).

Il y a donc un problème au niveau des sources des informations:
-informations non-officielles, quand le journaliste est sur le terrain;
-informations officielles, communication du point de vue militaire uniquement, de nos jours, ce sont les journalistes embarqués, ce qui correspondait aux missions de correspondants de guerre, qui devaient être accrédités par l’armée française.

La censure

La censure permet d’établir un silence sur les opérations militaires et de filtrer les opérations pour maintenir le moral de la population. La censure était notamment faite sur les lettres de Poilus car les familles ne devaient pas avoir une mauvaise image de la guerre. Elle ne laissait paraître aucune critique et passait sous silence les mauvaises nouvelles. La censure est donc un contrôle de l’information.

Pendant la première guerre mondiale la censure est exercée illégalement. De plus c’est une idée militaire.
Durant ces quatre années de guerre, la censure est assurée par un bureau de presse rattaché au ministre de la guerre. Chaque journal doit lui soumettre une épreuve des différentes pages. Les censeurs indiquent les articles interdits qui sont retirés de la composition : les journaux sont distribués avec des espaces blancs correspondants aux articles censurés.
Ex : Le Canard Enchainé

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C’est en France que la censure est la plus sévère, la plus organisé, la plus efficace.

Elle est représentée sous la forme d’Anastasie tenant de grands ciseaux et connue pour ne respecter aucuns talents. Elle taille sans subtilité, à l’aide de ses grands ciseaux les journaux .

Ex de censure :
« au moment de mettre sous presse, on envoyait l’épreuve complète du journal, la morasse, par téléphone ; les censeurs indiquaient l’article, le passage, la phrase ou même le mot qu’il fallait enlever. Comme les journaux clichent généralement, et qu’il était d’ailleurs trop tard pour recommencer la mise en page, un ouvrier grattait les clichés avec un outils spécial, une échoppe » Bernard Jean p24

Exemple d’un journal des tranchées dont 28 lignes furent censurés .
« Et tandis que les bonshommes, couverts de boue, éclaboussés de sang, gravissent péniblement leur indescriptibles calvaire, la  » grande de guerre  » à l’arrière est traduite en livre, en articles, en dessins, en films, en chansons. Une horde industriels de la pensée et de l’image se sont jetées sur la grande catastrophe comme des mouches sur une charogne. A de rares exceptions près, ceux qui font la guerre ne sont pas ceux qui la racontent. A l’arrière chaque profiteur a son  » filon « , sa boutique où il détaille, à tant sa ligne, le dessin ou la scène, l’héroïsme des autres ; et les civils ne peuvent apercevoir le grand drame de ces charlatans qui vivent de la guerre, tandis que les autres en meurent . »
Jean Galtier-Boissière, Le Crapouillot, juin 1917

Diaporama exemples de censure

Voici dans ce diaporama, quelques exemples de représentations de censure :

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exemple de censure dans le « Canard Enchaîné »:
On peut voir sur cette image, une page du journal le « Canard Enchaîné »,*, que des articles ont été supprimés, ou plus exactement censuré, ce sont les carrés blancs. Cette forme de censure, faisait peur à la population, qui en voyant ces espaces vides, se demandait ce qui leur était caché. En bas de la page, on peut lire  » 1916. « Le Canard » revient, et Anastasie aussi, qui l’habille en blanc dès les premiers numéros. »

Cette bouche fermée, par une fermeture éclaire, est une représentation de ce qu’il ne faut pas dire, et donc censurer.

Anastasie, était les surnoms de la censure. Les autres photos, sont des exemples de représentations de celle-ci. Elle a une allure assez effrayante, et porte toujours de ciseaux.

*10 septembre 1915: Naissance du Canard Enchaîné.
La propagande guerrière et la censure exaspèrent les pacifistes Maurice et Jeanne Maréchal qui fondent « Le Canard enchaîné ». La parution sera interrompue en octobre mais reprendra à partir de juillet.

La propagande

La propagande désigne la stratégie de communication dont use un pouvoir politique ou militaire pour changer la perception d’évènements (des personnes), et pour inculquer à la population, une doctrine, une idée ou une théorie politique. L’armée se permet de diffuser de fausses informations, ou non, mais qui seront toujours précisément choisies afin d’imposer leurs idées. Pour les propager et les inculquer à la population, l’armée utilisait surtout des cartes postales et des affiches. Elle avait pris possession des grands journaux dans lesquels elle pouvait publier des articles de propagande.
L’armée dispose d’un service de propagande, qui publie et organise des conférences: il informe.

En 1916, « On assiste, en France, aux premiers essais de propagande officielle avec une coordination des efforts privés dans une maison de la presse »

Pendant la guerre, la propagande a surtout pour but de rassurer l’arrière, puisqu’en effet, les « mensonges » redonneront de l’espoir aux familles des soldats. Elle voulait aussi faire croire aux Français (ainsi qu’aux soldats) que la guerre n’était pas aussi « horrible » que certains voulaient le laisser entendre, en exposant ses soit-disant « bienfaits ». Mais elle a également une autre visée, celle financer la guerre, en recevant de l’argent de la part des familles en particulier. Elle voulait aussi rendre la guerre légitime du côté français, en « rejetant la cause » sur l’Allemagne et en dénonçant leurs crimes. La propagande est donc censée faire accepter la guerre par la population et donner le moins d’informations possibles ou de fausses informations (concept de désinformation).

Diaporama exemples de propagande

Voici, dans ce diaporama, quelques exemples de propagande de l’époque :

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1 « Pour la France versez votre or »

On peut remarquer un soldat Allemand(genou à terre: humiliation, défaite) de la Première Guerre Mondiale reconnaissable grâce au pic présent sur son casque, qui s’effondre sous le Coq(aspect agressif : puissance de la France, qu’il sont plus fort que l’Allemagne) du Franc. Cela signifie que le fait de donner de l’argent va permettre d’anéantir l’armée ennemie. Le soldat allemand est représenté avec un genou à terre, symbole de défaite et même d’humiliation. Le coq, quant à lui à un aspect agressif, symbolisant la puissance de la France, ainsi que la supériorité française, face aux Allemands. Grâce à l’argent, l’arrière pourra ainsi participer activement à la guerre. 

2 « On les aura ! »

Le slogan « Souscrivez aux Bons de la Défense nationale », invite les français à financer la guerre.
Sur cette affiche, nous observons un soldat français (avec son uniforme et son arme) souriant et tendant le bras vers le haut. Il invite les autres à le rejoindre et donne de la guerre une image presque festive. Le slogan « On les aura » renforce cette idée. L’air joyeux du soldat, donne une image positive de la guerre.

3 « Soldat cherchant ses poux »

Sur cette carte postale, on peut voir un Poilu « cherchant ses poux », dans un décor paisible. Cette scène de la vie quotidienne, fait oublier l’horreur de la guerre et l’intensité des combats.

4 Article de propagande : « Terrible massacre d’allemands. »

Dans l’édition du Samedi 26 février 1916, du Journal républicain régional « La Petite Gironde », on peut lire un article qui met en avant l’armée française. Il est écrit que les tirs français anéantissaient les Allemands et les faisaient tomber en grand nombre. L’armée française est caractérisée avec un vocabulaire valorisant, qui la montre comme invincible. La description du champ de bataille, ressemble à un beau paysage, calme et enneigé. On pourrait presque s’attendre à voir apparaître des personnages romantiques.

5 Lettre de soldat dans « Le Petit Parisien »

Dans l’édition du 22 mai 1915, de l’ancien journal français « Le Petit Parisien » (présent de 1876 à 1944), un article de propagande paraît. C’est un soldat qui en est l’auteur. C’est le début de la guerre, et il écrit que la guerre n’est absolument pas dangereuse « à part cinq minutes par mois ». On semble également comprendre que le combat est un mode de vie qui semble agréable puisque il dit qu’il ne sait pas comment il arrivera à s’en passer une fois la guerre terminée. En réalité, il faudrait plutôt comprendre l’inverse de ce qui est écrit. Le seul point de lucidité se trouve à la fin, puisque il admet que sur le champ de bataille, il y a toujours le risque d’être blessé ou même de mourir. Ce soldat a donc peut-être utilisé l’ironie, afin d’éviter la censure, ou bien pour ne pas effrayer ses proches, mais il demeure impossible de l’affirmer.

6 Lettre du front dans « Le Matin »

Dans le journal « Le Matin », le 15 septembre 1914, il était possible de lire une lettre du front. Elle propage l’idée que l’armée allemande, comme ses armes, n’est pas aussi redoutable qu’elle le laisse entendre. Elle cherche également à ridiculiser l’armée allemande pour rendre l’armée française supérieure aux yeux de la population française.

Conclusion:
On peut voir dans chaque cas, que la propagande amène la désinformation, et ne montre la guerre que sous des aspects positifs. Malgré que l’arrière subisse un manque d’information, la propagande était avant tout faite afin de maintenir le moral de la population. Elle leur faisait ainsi croire, entre autre, que la guerre allait se terminer rapidement, et elle voulait également montrer de l’armée française, une armée forte et invincible.

Le concept de désinformation

Le concept de désinformation est le processus qui, à l’aide des médias de masses ( presse, radio, films, télé etc), consiste à présenter une information fausse comme étant vraie, ou une partie de celle-ci, fausse ou vraie, comme étant la plénitude de la réalité. La désinformation est donc un simple transfert de l’information initiale, qui a été transformé au préalable.

Elle se manifeste entre autre par la modification de photos, la parution de faux-documents dans les journaux, ou par la radio qui en temps de guerre peut servir à démoraliser l’adversaire, en lui faisant croire à de fausses mauvaises nouvelles… Mais également par deux moyens principaux: soit ne dire qu’une partie de la vérité, soit présenter un maximum d’informations superflues afin de masquer celles qui sont importantes (cette méthode est appelée « sur-médiatisation ou « désinformation par exagération »). Il y a alors un contrôle des journalistes et des informations diffusées.

On retrouve donc dans la désinformation une part de censure et de propagande.

Le concept de désinformation consiste à empêcher d’informer.

Voici un exemple de désinformation,

Dans cet article du 17 août 1917, du journal « L’Intransigeant », on peut lire en quelque sorte que les attaques allemandes sont incapables de nuire à l’armée française. On voit donc bien ici, que les journalistes ne disent pas la vérité aux lecteurs, car les tirs ou toutes autres attaques, qu’ils viennent de France ou d’Allemagne, sont tous aussi nuisibles.